Témoignage sur le projet Ganesh

GaneshPROJET GANESH : DÉROUTANT,  MOTIVANT ET ACCOMPLI !

En partenariat avec Ingénieurs Sans Frontières Québec (ISFQ) et l’Aide internationale pour l’enfance (AIPE), le Projet Ganesh est une initiative volontaire de trois jeunes ingénieurs qui ont offert leur aide à un organisme indien d’exception, la Rescue Foundation. La mission de la Rescue Foundation est de secourir des jeunes femmes victimes de l’exploitation sexuelle et du trafic humain, de leur offrir refuge, nourriture et formations dans le but de les réintégrer convenablement dans la société. Ces trois bénévoles ont donc apporté un appui financier important à cette cause et se sont rendus dans la ville de Pune, en Inde, pour effectuer la gestion de l’agrandissement d’un centre de réhabilitation dans le but de doubler la capacité d’accueil de ces jeunes femmes. Voici le témoignage d’un participant de ce projet de coopération.

Déroutant!

L’automne 2015 a définitivement marqué un autre chapitre de ma vie, duquel il sera difficile d’en oublier les moindres événements. Ma participation au sein du Projet Ganesh a changé à tout jamais ma vision de l’entraide, du partage, de la justice, mais d’autant plus celle de l’horreur et de la cruauté. La Rescue Foundation s’attaque à une tâche d’encre sociale omniprésente, mais que l’on tente de camoufler; une industrie effervescente qui commercialise la femme dans le but d’offrir un produit pervers, ravageur, malsain et dégoutant. Description au prochain Larousse de l’horreur et de la cruauté : « détruire le corps et l’âme de jeunes femmes innocentes dans le but de satisfaire le gain monétaire et le soulagement des pulsions sexuelles vicieuses des hommes ». Lors de mon séjour à Pune, j’ai eu la malchance de marcher dans des quartiers populaires où je suis tombé nez à nez avec de petites cabanes colorées ayant pignon sur rue qui sortent littéralement du décor quasi délabré. Bien qu’attrayant pour les yeux, elles dissimulent de jeunes femmes soigneusement habillées, maquillées et aux manières élégantes et raffinées. Artifices pour cacher l’enfance qui transparaîtrait sur le visage de ces jeunes femmes. J’ai croisé leur regard durant quelques secondes, mais elles n’y ont pas vu le même regard qu’à l’habitude, non pas parce que je suis étranger, mais parce que je travaillais à cet instant à faire en sorte qu’elles ne soient plus là demain.

Motivant!

J’ai vécu une montagne de situations imprévisibles au sein de la construction du centre d’accueil qui m’ont certainement fait grandir tant sur le plan professionnel que personnel. La plus marquante d’entre toutes est définitivement issue d’une rencontre inattendue des plus motivantes de mon existence. En revenant de l’une de mes dernières matinées de travail, j’ai croisé l’une des femmes dévouées de la Rescue Foundation avec laquelle j’ai eu la chance de discuter à maintes occasions durant mon séjour et que je considère affectueusement comme mon amie. Tout en regardant d’un côté et de l’autre, de manière à s’assurer que personne ne puisse la voir, elle m’a invité à prendre le thé au bas de sa porte. À cet instant, j’étais tout-à-fait conscient du contexte socio-culturel de l’Inde et du fait que cette discussion aurait pu éveiller chez certains indiens une apparence d’adultère, mais le mélange de détresse et de gentillesse qu’elle me démontrait m’a poussé à accepter son invitation. Je me suis alors retrouvé seul, à prendre le thé, assis au sol, face à face avec une femme qui se confie à moi ouvertement sur le poids de sa culture, de ses responsabilités familiales, de sa société parfois violente, inégalitaire et injuste envers son statut de femme. Je me suis retrouvé là, complètement assommé par ses propos révoltants, sans trop savoir si je devais la consoler ou l’encourager à persévérer. J’ai fini par quitter, bouche-bée, et elle m’a remercié poliment d’avoir passé ce temps avec elle. Le lundi matin, jour de mon départ, elle était là, à son poste d’administratrice, souriante et toujours aussi motivée à faire une différence dans la vie de ces jeunes victimes. Nous n’aurons jamais la chance de reparler de cet instant, mais il est fort possible qu’elle n’avait besoin ce jour-là que d’une échappatoire disposée dans un esprit ouvert et prêt à l’écouter, qui ne jugerait ni elle-même ni son mode de vie. Elle ne le sait sûrement pas, mais elle m’a donné bien plus qu’un thé trop sucré ce dimanche, elle m’a donné une motivation infinie. Elles m’ont amené, elle et toutes ces femmes qui défendent cette cause juste et humaniste, à comprendre ce que le terme « lutte » représente. Malgré leurs soucis personnels, leurs montagnes de responsabilités et l’oppression de leur société, elles s’acharnent à continuer le combat contre l’exploitation sexuelle des femmes. Elles dégagent cette bonté pure qui m’a fait réaliser à quel point nous pouvons tous en faire davantage et qu’il suffit simplement de se donner le courage et la motivation d’être un meilleur citoyen du monde.

Accompli!

C’est la fin. La fin d’un projet qui aura pris plus de deux ans d’efforts pour amasser chaque dollar qui ont permis l’agrandissement de ce centre d’accueil. Il est difficile pour moi de décrire la fierté qui m’habite à cet instant, puisqu’annuellement, grâce au Projet Ganesh, plus de 100 jeunes femmes victimes d’exploitation sexuelle auront droit à un environnement décent pour leur permettre une réhabilitation en société. Il serait faux de dire que chacune d’entre elles occuperont un emploi au cours des prochaines années, qu’elles seront mariées à un homme aimant, qu’elles auront des enfants et qu’elles vivront heureuses jusqu’à la fin de leur vie. La réalité est qu’elles ont des blessures graves, des cicatrices auxquelles il est difficile d’échapper, un passé si tourmenté que peu de gens serait en mesure d’écouter jusqu’à la fin le récit de leur vie. Par contre, je sais que, par la lutte à laquelle j’ai pris part l’automne dernier, je leur offre à toutes une chance égale de se réintégrer dans la société au degré de réhabilitation qu’il est possible de leur offrir. J’ai eu l’opportunité de faire des séances privées de yoga tous les matins sur la terrasse du bâtiment du centre du Pune après que les occupantes aient effectué leur propre séance. Bien que je ne pouvais être en contact direct avec ces jeunes femmes, pour des raisons de sécurité, il y a, à l’extrémité de la terrasse, derrière la professeure de yoga, une femme qui s’occupe à préparer le repas des occupantes. Tout en manipulant agilement la lame de son couteau pour couper les oignons, son regard est fixé sur moi, elle ne me lâche pas des yeux d’une seule seconde. J’avoue être intimidé par la fureur et la colère qu’elle semble porter à mon égard. Pourtant, ne suis-je pas là pour l’aider d’une certaine façon. Après réflexion, je sais qu’elle ne me veut pas de mal à moi, mais qu’elle en veut à la race des hommes. Jamais elle ne sera en mesure de faire confiance à un homme, jamais elle ne pourra vivre en société en présence d’hommes puisque les cicatrices, et là je ne parle pas des dizaines de marques qu’elle a sur les avant-bras, sont trop profondes pour lui permettre de retrouver une liberté en société. Elle a cependant trouvé un certain calme, une situation apaisante qui lui permet de gagner sa vie en préparant des plats pour ses sœurs qui ont vécu le même enfer qu’elle. J’aime croire que mon intervention pour la Rescue Foundation fera une différence significative et donnera le coup de pouce nécessaire dans la vie de centaines de jeunes filles. J’aime me dire que la mission est accomplie, que j’ai fait tous les efforts pour mener à terme ce projet. C’est en toute humilité que je peux dire que j’ai contribué à ma façon à ce que cette cuisinière ait trouvé la paix et la liberté qu’elle mérite.

Témoignage de Pierre-Luc Huot

 

« Monsieur Simon-Olivier Harel, Monsieur Florian Bordus, mes chers collègues et amis, je tiens à prendre ces dernières lignes pour vous remercier du plus profond de mon cœur de m’avoir accompagné courageusement dans cette aventure incroyable que l’on a mis en place, tous les trois, ce fantastique Projet Ganesh. »